Camp Saut Tigre (bagne annamite)

L’ancien camp pénitentiaire de Saut Tigre est l’un des trois Etablissements Pénitentiaires Spéciaux (EPS) de Guyane (avec « La Forestière », à Apatou, et « Crique Anguille » à Tonnégrande). Ces établissements s’inscrivent dans un double objectif. Premièrement, il s’agit d’isoler les indépendantistes indochinois, par crainte d’une vague nationaliste en Cochinchine. Deuxièmement, cette extradition est l’opportunité d’amener une main-d’oeuvre gratuite au territoire de l’Inini.

 

Le camp Saut Tigre fonctionna de 1931 jusqu’à 1942. Les indochinois déportés, soit directement d’Asie, soit des deux autres camps guyanais, sont employés à des tâches agricoles, où selon la formule d’un inspecteur, « le bagne doit nourrir le bagne » (1934[1]). Au maximum, le camp Saut Tigre accueillit 280 prisonniers (1934). Jusqu’en 1936, il s’agit d’un camp souhaité provisoire, les constructions sont en matériaux légers et facilement déplaçables[2]. Or, à partir de cette année 1936, des constructions maçonnées sont observées, le camp est pensé plus durablement[3].


La présence des prisonniers sur le Sinnamary fut également l’objet d’un commerce. En 1935, la SNEAV (Société Nouvelle Saint-Elie Adieu-Vat) fit appel aux Etablissements Pénitentiaires Spéciaux pour la réfection d’une voie ferrée sur 6 km. Les miniers utilisèrent très régulièrement les prisonniers pour ce type de travaux[4]. En parallèle des ces services payés aux EPS, les prisonniers réalisent un vaste projet porté par le territoire de l’Inini, une voie ferrée (de type Decauville) reliant Cayenne à Saint-Elie en passant par Saut Léodate (fleuve Kourou) et Saut Vata (fleuve Sinnamary). En 1930, le cours de l’or s’éffrondre, toutefois l’arrivée des prisonniers habitués au climat tropical, permet un tel projet ferroviaire. De nombreux prisonniers du camp Saut Tigre décéderont durant ces travaux, parmi lesquels celui du Saut Vata, un vaste pont enjambant le Sinnamary[5].

Aujourd’hui, trois bâtiments du camp pénitentiaire sont en dehors des eaux du lac de Petit-Saut ; il s’agit de la pharmacie abritant les appartements du médecin, du logement des officiers et de la maison du capitaine-commandant, comprenant la cuisine. En saison sèche, d’autres vestiges apparaissent avec la descente des eaux (borne, rails, etc.).

Maison du Capitaine-Commandant du camp Saut Tigre en juillet 2017 (photo ADSPS)

1 CAOM, série géographique Inini 3-2, extrait d’un rapport d’inspection de Muller (17 janvier 1934)

2 CAOM, H 5118, extrait des instructions du ministre des Colonies Pietri (août 1931)

3 Lettre d’approbation du programme d’installation définitive par le gouverneur, 26 juillet 1937. Document citée dans « Archéologie et histoire du Sinnamary du XVIIe au XXe siècle », par O. PUAUX et M. PHILIPPE (Documents d’Archéologiques Française, 1997)

4 AT Guyane, Drire 60

5 Idem.

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