Le fleuve Sinnamary

A l’arrivée des premiers européens sur le fleuve Sinamaribo, vers 1624 (pour la premièce source écrite[1]), la partie aval est habitée par les amérindiens galibis (kalinas). Les européens se contenteront d’explorer sans jamais s’installer au délà du premier saut, "Petit-Saut". Le Père Caranave implante vers 1740 une mission jésuite à quelques méandres en amont de l’actuel bourg de Sinnamary. Elle se compose principalement d’amérindiens galibis, qui déserteront rapidement la région après la fermeture de la mission en 1759[2]. Jusqu’en 1848, année d’abolition de l’esclavage, le bourg de Sinnamary se développe péniblement autour d’une économie agricole ; le coton et les bovins en sont les productions principales. Cette colonie, comme celle de Kourou, souffrira d’un manque de main-d’oeuvre et des mauvaises conditions sanitaires. Après 1848, la colonie est très affaiblie. Mais durant cette période d’effondrement du système agricole plantationnaire, les anciens esclaves quittant les habitations pour cultiver leurs propres abattis, survient une découverte inopinée : l’or.
Les amérindiens du Haut-Sinnamary sont parmi les premiers à attirer l’attention des colons sur le métal jaune, en portant des pépites en pendentifs (L. BASSIERES 1936). Cette richesse induira une forte immigration des Antilles, de Chine et des pays voisins d’Amérique, à partir des années 1860. Près de 60 ans après la première ruée vers l’or, une manoeuvre politique place les richesses (or, bois et latex) de 98 % du territoire guyanais sous contrôle du gouverneur... c’est le territoire de l’Inini. Il s’agit d’une Guyane dans la Guyane, administrée indépendament de la population guyanaise.​

La première moitié du XXe siècle est d’abord marquée par deux décennies de prospérité du secteur minier à Saint-Elie, avant sa lente extinction (B. CHOUBERT 1952). Durant ces grandes ruées vers l’or, la richesse de Sinnamary est intimement liée à celle de Saint-Elie. Au cours des années 1930, en pleine période de chute du cours de l’or, des prisonniers indochinois sont amenés sur le Sinnamary afin d’y développer l’agriculture et d’y faciliter l’activité minière. Toutefois, à l’aube de la seconde guerre mondiale, cette entreprise pénitentiaire balbutiera déjà, en même temps que s’essouffleront les dernières grandes exploitations aurifères.

Au cœur géographique et au cœur énergétique de la Guyane, telle est la position du Sinnamary. Il draine le cinquième bassin versant du pays, avec une longueur de 262 km et un débit moyen de 260 m3/s. Sa géologie et sa proximité vis-à-vis des grands centres de consommations d’électricité (Cayenne, Kourou et le centre spatial) en firent un fleuve propice à l’installation d’un barrage hydroélectrique. A partir de 1976, la demande d'énergie s’accroit de 12% chaque année. La solution choisie pour satisfaire cette demande réside dans la principale ressource guyanaise : l’eau. L’énergie hydraulique est utilisée par les autres Guyanes depuis les années 1960 (barrage d'Afobaka, Surinam 1964, barrage de Tucurui, Brésil 1984, etc.). En 1989, la Guyane construit son barrage sur le fleuve Sinnamary et à partir de 1996, celui-ci en assure la quasi-autonomie énergétique (70% de la production d'électricité du littoral, concentrant l'essentiel de la population).

Pour plus d'informations sur l'histoire de Sinnamary : site de la ville de Sinnamary

[1] AN C14-91

[2] AN 2JJ19, carte n°39

Localisation du fleuve Sinnamary et du lac de Petit-Saut en Guyane française (carte ADSPS)

Bibliographie

BASSIERES L. (1936) - La Guyane aurifère, ou "la Poule aux Œufs d'or". Alger, imprimeries La Typo-Litho & Jules Carbonel réunies. 

CHOUBERT B. (1952) - La mine d'or de Saint-Elie et d'Adieu Vat en Guyane française. In Echo des Mines et de la Métallurgie, n°2-1952.

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