Petit-Saut

Saut des Titans[1], saut Timourenguin[2], saut Sococoroman[3], saut Troulinbrinquin[4] et enfin Petit-Saut[5]… son nom change au gré des peuples, des mémoires et des quelques lettrés qui griffonneront son nom sur une ébauche de carte ou dans un récit d'exploration. En Guyane, un saut désigne un affleurement du substrat dans un fleuve ou un crique, générant des rapides. Avant 1989, Petit-Saut était l'une de ces zone de rapides tumultueux sur le fleuve Sinnamary. A présent, c’est l’emplacement d’un barrage hydroélectrique retenant une étendue d’eau de 365 km², soit trois fois la surface de Paris intramuros ou 1/3 de la superficie de la Martinique. 

L’accueil du projet hydroélectrique fit débat, « Petit-Sôt » (comme le présente le journal « Le Pou d’Agouti » en 1994) est mal perçu par des habitants soucieux de préserver leur fleuve, leurs métiers parfois liés à celui-ci, et surtout leur vie, dans la crainte inspirée par ces quelques mètres de béton retenant une véritable mer intérieure.

Aujourd'hui, le lac légendaire de Parimé, sur les rives duquel El Dorado rayonnait sur l'Amazonie, trouve son ersatz dans les eaux du lac de Petit-Saut et l'or de Saint-Elie. La reconquête du milieu occupé par le lac est double, naturelle et anthropique. C’est d’abord un écosystème en construction, si de nombreuses espèces (animales comme végétales) ont déserté le territoire, d’autres s’y sont développées, colonisant des milieux nouveaux. Le laboratoire Hydreco suit l'évolution du Sinnamary depuis la création du barrage, au travers de paramètres chimiques et biologiques.

 

La conquête du lac est également humaine ; la vallée du Sinnamary, qu’elle soit en fleuve ou en lac, demeure l’une des grandes routes du métal jaune. Elle représente un nouveau terrain pour les canotiers, les pêcheurs… Le paysage est unique en Guyane, les îlots verdoyants ceinturés d’arbres morts et monochromes, contraste avec le paysage fluvial habituel. Ces îlots sont hérités du relief local. Au nombre de 214, ils représentent les sommets émergés des collines englouties. La facilité d’observations de la faune qu’offre le lac attire tant les touristes… que les braconniers. Ces derniers furent nombreux, la chasse étant aisée dans ces nouveaux espaces, où les îlots constituent de véritables pièges. En 2014, une loi vint renforcer l’interdiction d’y chasser déjà formulée en 1995.

[1] Nom cité au XVIIIe siècle dans le dessin légendé: «  Dans la rivière Sinnamary. Vue du saut des Titans et d’une cascade de 30 à 40 pieds de chuttes » (dessin de de J.B.A. de Béhague).

[2] Nom mentionné en 1764 dans la carte légendée : « Carte de la rivière de Sinnamarib » (cours de rivière levé par le père Geusse, missionnaire dans la Guyane et communiqué à Mr Behague)

[3] Nom citée en 1788 dans la carte : « carte minéralogique d’un voyage fait dans la Guiane françoise, sur les bords de Sinnamari »  (carte de M. Chapel, sous-inspecteur des Mines).

[4] Nom attribué à Petit-Saut en 1819 dans : « Voyage dans l’intérieur de la rivière Sinnamary par M. Banon, du 28 septembre 1819 »

[5] Nom mentionné pour la première fois en 1878 dans la carte : « Carte geographico-géologique de la Guyane française au 1/400 000 dressée d’après des reconnaissances et observations faites de 1867 à 1878 par le bureau du cadastre de Cayenne » (sous la direction de M.L. Eutrope).

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